Dans son livre « Voyage à Cancéropolis : Quand sert le cancer ? » (Voir dans la rubrique perso) , Christine Corbier raconte sous forme de journal la manière dont elle a vécu ce qu’elle appelle « la première partie » de sa maladie cancéreuse, et la façon dont elle l’a gérée.
De profession infirmière, son regard déborde ses propres limites, pour se poser parfois sans complaisance sur les aberrations du milieu médical chargé de la sauver.
Dans un premier temps, elle nous présente la traversée de l’annonce du diagnostic, puis des résultats de son bilan d’extension. Sa vie bascule insensiblement dans un autre monde, une autre dimension. Se pose alors à elle la question de le dire ou non à ses proches, et celle, plus cruciale encore, de son devenir. Son esprit conquérant va la pousser à jouer un rôle actif dans sa guérison, et une lente réflexion s’amorce alors pour trouver des armes.
Ensuite vient le moment de l’intervention qui va l’amputer d’un sein, et sa période de convalescence rapide dans une clinique. Elle décrit son séjour, ses réactions, le comportement des soignants et de son entourage.
Elle relate enfin son parcours de patiente en chimiothérapie et en décrit les différentes étapes : la visite systématique chez l’oncologue, la journée passée en hospitalisation de jour toutes les trois semaines, et les effets du traitement les jours suivants.
Les épreuves commencent dès la première séance : perte des cheveux, diminution physique avec fatigue intense, fièvre et disparition de la force musculaire.
Le regard de l’auteur se porte sans concession sur ses propres réactions ; physiques ou psychiques ; et l’humour qu’elle glisse dans les passages dramatiques est pour elle une force que l’on retrouve d’ailleurs paradoxalement tout au long de son récit sous forme de joie de vivre.
Par ailleurs, elle découvre ce qu’elle appelle « la bienveillance toxique », cette attitude très protectrice qui fait que certains de ses amis seraient tout à fait prêts à décider de ce qui est le mieux pour elle, parce que eux, ils savent. Cette bienveillance est pour elle une entrave au maintien de son autonomie.
A partir de ce moment, sa réflexion s’organise de manière plus précise, et les armes qu’elle a décidé d’utiliser en complément du traitement médical, considérées par beaucoup comme du « pipi de chat », sont : l’homéopathie pour les interventions chirurgicales, un suivi psychologique, un travail de décodage biologique et de psycho-généalogie, et un traitement à base de plantes. La question de suivre un régime alimentaire selon l’instinctothérapie lui pose un vrai dilemme et la déstabilise complètement.
Elle s’appuie également sur son état d’esprit positif pour relever le défi, car la maladie est bien pour elle une guerre qu’elle doit impérativement gagner. De ce fait, elle doit aller de l’avant, mais sans aucun repère, et sa démarche constitue finalement une recherche personnelle.
Cet état d’esprit lui dicte quelques règles de conduite très simples : préserver à tout prix son autonomie pour ne céder aucun pouce de terrain à la maladie, continuer à rester en lien avec le monde professionnel dans lequel elle évoluait (qui est un hôpital !), s’adapter à ses nouvelles conditions de vie en conservant ce qui lui semble aller dans le sens d’une guérison. En un mot, continuer à vivre le plus possible comme avant, … même si cela n’est pas possible !
Durant ces mois de traitement, l’auteur subit des questionnements :
- pourquoi la médecine allopathique ne s’ouvre-t-elle pas davantage à d’autres façon de soigner ?
- pourquoi le mot « mort » , à notre époque, est-il encore scotché à celui de cancer ?
- pourquoi certains médecins communiquent si peu avec leurs malades ?
- …..
Elle subit également, comme tout malade, les dysfonctionnements du système :
- attendre une heure au moins à tous les rendez-vous,
- se voir servir des tomates alors qu’on lui recommande d’éviter les aliments acides,
- mendier les informations qui la concernent sans les obtenir toujours,
- ….
En parallèle apparaissent les résultats de ses recherches en décodage biologique, et les découvertes qu’elle fait sur elle-même et, croit-elle, sur les possibilités de son cerveau pour maîtriser certains paramètres de sa maladie.
Plus tard, elle prend cruellement conscience de l’importance du soutien de sa famille et de ses amis dans sa lutte.
La fin du livre éclaire sur les causes d’apparition de son cancer et le sens que l’auteur peut enfin lui donner, en faisant les liens entre son histoire personnelle, celle de ses ancêtres, et ses pathologies. C’est également le moment où elle apprend que sa maladie a régressé.
Ce témoignage dense dépourvu de larmoiements et dont le style très vivant tranche avec la maladie ne laisse aucun répit au lecteur, et montre qu’un malade atteint de cancer n’est pas obligatoirement condamné à mort, triste ou déprimé, et à quel point il peut devenir acteur de sa guérison.
L’auteur ne prétend pas posséder une formule magique, elle raconte sa démarche avec ses tâtonnements et ses risques d’erreur, et en constate les effets. Cependant, un œil exercé peut retrouver tout au long du livre le mode de fonctionnement qui l’anime, et comprendre absolument, en la regardant vivre, les liens secrets qui l’attachaient et la guidaient tout droit vers la maladie.
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